Zopiclone et perte de poids
Profil pharmacologique du zopiclone et son rôle dans le traitement de l’insomnie
Le zopiclone est un somnifère non benzodiazépine de la famille des cyclopyrrolones, développé pour le traitement à court terme de l’insomnie. Le médicament se lie aux récepteurs GABA-A, renforçant l’effet inhibiteur de l’acide gamma-aminobutyrique dans le système nerveux central. Il en résulte une sédation, un endormissement accéléré et un allongement de la durée totale du sommeil. En France, le zopiclone est commercialisé sous le nom commercial Imovane et est prescrit à des doses de 3,75 mg ou 7,5 mg par nuit. La demi-vie est de 5 heures (de 3,8 à 6,5 heures), la biodisponibilité par voie orale est de 75 à 80 %.
Effets secondaires du zopiclone sur l’appétit et le comportement alimentaire
Parmi les effets secondaires documentés du zopiclone, plusieurs concernent directement le comportement alimentaire. Le Memorial Sloan Kettering Cancer Center inclut les modifications de l’appétit dans la liste des effets secondaires du médicament. Effets secondaires importants pour le poids corporel:
- Dysgueusie (goût amer ou métallique dans la bouche)
- Sécheresse de la muqueuse buccale
- Nausées et inconfort abdominal
- Diminution ou augmentation de l’appétit
- Constipation
Le goût amer n’est pas seulement une gêne. Les altérations du goût peuvent supprimer l’envie de manger. Certains aliments deviennent désagréables, les portions diminuent et les repas sont réduits. Le mécanisme de la dysgueusie est lié à l’excrétion de la zopiclone par les glandes salivaires, ce qui est confirmé par la pharmacocinétique du médicament. La nourriture perd de son attrait, les plats habituels prennent un goût désagréable. La personne mange moins, non pas par choix conscient, mais par dégoût inconscient du processus. Lors d’un traitement prolongé au zopiclone, cela entraîne un déficit calorique chronique. Cependant, les changements d’appétit sont individuels: certains patients constatent une diminution, d’autres une augmentation, et certains ne remarquent aucun changement. L’orientation de l’effet dépend de l’état initial du sommeil, du profil métabolique et du traitement concomitant. Dans la grande majorité des cas, le goût amer disparaît 1 à 2 jours après l’arrêt du traitement, dès que le zopiclone cesse d’être excrété par la salive, les récepteurs gustatifs reprennent leur fonctionnement normal.
Sommeil et régulation hormonale du poids corporel
Le lien entre la qualité du sommeil et le poids est l’un des domaines les plus étudiés en endocrinologie du sommeil. Deux hormones clés participent à la régulation de la faim et de la satiété: la ghréline (stimulateur de l’appétit, produite par l’estomac) et la leptine (signal de satiété, produite par le tissu adipeux). Un manque de sommeil chronique fait pencher la balance du côté de la faim. La personne ressent plus souvent des envies de manger, préfère les aliments riches en glucides et peut réduire son niveau d’activité physique.
Une étude menée par van Egmond et ses coauteurs sur 44 participants a montré qu’après une nuit de privation totale de sommeil, le taux de leptine diminuait (17,3 contre 18,6 ng/ml) et le taux de ghréline augmentait (839,4 contre 741,4 pg/ml); les différences étaient statistiquement significatives. Chez les femmes, les changements de leptine étaient plus prononcés, tandis que chez les personnes obèses, la dynamique de la ghréline était plus marquée. Une étude à grande échelle, la Wisconsin Sleep Cohort Study menée auprès de 1 024 participants, a montré qu’une durée de sommeil courte était associée à un indice de masse corporelle élevé, à une baisse de la leptine et à une augmentation de la ghréline. Les données de l’université de Chicago montrent qu’après deux nuits de sommeil de 4 heures, le rapport ghréline/leptine augmentait et l’envie subjective de manger des aliments riches en calories s’intensifiait.
En éliminant l’insomnie, le zopiclone peut améliorer la durée et la qualité subjective du sommeil. Si une personne passe de 4-5 à 7-8 heures de sommeil, son profil hormonal peut se rétablir en partie. En théorie, cela peut réduire la tendance à la suralimentation. Cependant, le zopiclone ne module pas directement la ghréline et la leptine. Il agit sur l’un des facteurs: les troubles du sommeil. Il n’existe aucune preuve directe que la normalisation du sommeil à l’aide du zopiclone entraîne automatiquement une perte de poids. Le poids corporel est déterminé par un ensemble de facteurs : l’apport calorique, l’activité physique, le métabolisme et le niveau de stress.

Zopiclone et métabolisme: effets directs et indirects
Les recherches scientifiques n’ont pas mis en évidence d’effet direct de la zopiclone sur le métabolisme basal chez l’homme. Le médicament n’affecte pas la fonction thyroïdienne, n’inhibe pas la lipogenèse et n’accélère pas la lipolyse. Sa cible pharmacologique est les récepteurs GABA-A du système nerveux central, et non les voies métaboliques des tissus périphériques. Il n’existe aucune preuve d’une accélération du métabolisme lors de la prise de zopiclone à des doses thérapeutiques. Le médicament est métabolisé par le foie via le CYP3A4, mais n’affecte pas lui-même la vitesse du métabolisme énergétique.
Cependant, des essais précliniques sur des animaux ont révélé un fait intéressant. Selon la monographie du médicament Imovane (Sanofi), les chiens ayant reçu du zopiclone à des doses de 24 et 120 mg/kg six jours par semaine ont présenté une perte de poids modérée. Les chiens recevant des doses élevées ont également présenté une anémie et une augmentation des marqueurs hépatiques. Les doses utilisées dans ces expériences ne sont pas comparables aux doses thérapeutiques chez l’homme (7,5 mg), il n’est donc pas correct d’extrapoler les résultats.
Le zopiclone a un effet myorelaxant. En théorie, une relaxation musculaire chronique réduit l’activité physique. Mais il s’agit d’un effet nocturne d’une durée de 5 à 6 heures, ce qui n’est pas suffisant pour entraîner une perte de masse musculaire cliniquement significative. En ce qui concerne le cortisol, une hormone du stress qui favorise le stockage des graisses viscérales en cas d’augmentation chronique, un sommeil de qualité normalise son rythme circadien. En éliminant l’insomnie, le zopiclone a une influence indirecte sur la sécrétion de cortisol. Mais il s’agit là d’un effet du sommeil retrouvé, et non d’une action pharmacologique du médicament lui-même.
Parasomnies et réactions paradoxales au zopiclone
Parmi les effets secondaires décrits du zopiclone, on trouve les parasomnies : somnambulisme et actions liées au sommeil, y compris la prise de nourriture dans un état inconscient. Une personne peut manger la nuit sans se réveiller complètement et ne pas s’en souvenir le lendemain matin. Ce comportement peut contribuer à augmenter l’apport calorique et la prise de poids. La situation est paradoxale. Un même médicament peut réduire l’appétit d’un patient en provoquant une dysgueusie, tandis que chez un autre, il peut provoquer des épisodes d’alimentation nocturne. Il est difficile de prédire à l’avance la réaction individuelle sans observer la personne concernée.
La suralimentation nocturne sous zopiclone est considérée comme un effet secondaire rare. Sa fréquence exacte n’est pas établie ; dans les recommandations cliniques et les documents d’information, les parasomnies sont généralement considérées comme des effets rares ou peu fréquents. Le risque augmente en cas de combinaison avec de l’alcool et d’autres dépresseurs du système nerveux central. Des signes caractéristiques permettent de reconnaître le problème: emballages vides le matin, vaisselle sale ou miettes sans souvenir d’avoir mangé pendant la nuit. Le partenaire de lit peut remarquer que la personne se lève, va dans la cuisine, mange et revient sans être pleinement consciente de ce qui se passe. Le matin, l’épisode peut ne pas être reproduit dans la mémoire. Cela est dû à l’amnésie antérograde: le zopiclone peut perturber la formation de nouveaux souvenirs après la prise, en particulier lors d’épisodes de réveil partiel. Une telle amnésie peut rendre difficile le diagnostic et la correction de l’état.

Le zopiclone n’est pas un moyen de perdre du poids
La littérature scientifique ne contient aucune étude clinique confirmant l’efficacité du zopiclone pour perdre du poids. Aucune agence de réglementation, ni l’ANSM en France, ni l’EMA en Europe, n’a approuvé le zopiclone à cette fin. La prise d’un somnifère pour maigrir est une utilisation non conforme qui comporte des risques importants :
- le risque de dépendance augmente en cas d’utilisation pendant plus de 2 à 4 semaines
- Le syndrome de sevrage peut inclure de l’anxiété, des insomnies rebondissantes et, dans de rares cas graves, des convulsions
- Troubles cognitifs: amnésie antérograde, baisse de la concentration
- Dépression et pensées suicidaires
- Troubles de la coordination et risque accru de chutes
En France, les médicaments à base d’agonistes des récepteurs GLP-1 (semaglutide, liraglutide) sont approuvés pour le traitement de l’obésité. Ils ont fait l’objet d’essais cliniques à grande échelle et leur efficacité a été prouvée. Le zopiclone n’appartient pas à cette catégorie.
Si une perte de poids est observée pendant la prise de zopiclone, cela est considéré comme un effet secondaire possible et nécessite une consultation médicale. Le spécialiste exclura d’autres causes (maladies gastro-intestinales, troubles endocriniens, dépression), ajustera la dose ou proposera un autre médicament pour traiter l’insomnie. Lors d’un traitement de courte durée, une perte de poids cliniquement significative est rare. Cependant, en cas d’utilisation prolongée non conforme, une perte d’appétit peut entraîner une carence en nutriments, en protéines et en oligo-éléments, ce qui peut avoir un impact négatif sur l’état des tissus musculaires, le système immunitaire et les fonctions cognitives.