Xarelto et prise de poids

Le rivaroxaban est un inhibiteur oral direct du facteur Xa de la coagulation. Il bloque sélectivement une étape du cascade de coagulation et n’est pas destiné à agir sur les axes hormonaux, les récepteurs des tissus adipeux ou les centres de régulation de l’appétit. Le médicament est prescrit dans les cas suivants:

  • fibrillation auriculaire – pour réduire le risque d’accident vasculaire cérébral et d’embolie systémique
  • thrombose veineuse profonde et thromboembolie pulmonaire – pour le traitement et la prévention secondaire
  • chirurgies orthopédiques programmées – pour la prévention à court terme des thromboses

La molécule de rivaroxaban n’appartient pas à la classe des hormones ou des glucocorticoïdes et n’a pas de mécanisme connu qui influence directement le métabolisme des graisses. Il s’agit d’une caractéristique pharmacologique du médicament qui détermine l’absence d’effet métabolique attendu.

Position officielle des autorités réglementaires sur la question du poids

Dans les notices actuelles (SmPC dans l’UE et étiquette FDA pour Xarelto), l’augmentation de poids n’est pas mentionnée parmi les effets indésirables fréquents ou peu fréquents.

Parmi les effets indésirables enregistrés qui peuvent théoriquement être perçus comme une variation de poids, on trouve

  • œdèmes périphériques – considérés comme des effets indésirables rares ou peu fréquents selon la population
œdèmes périphériques
  • dyspepsie et nausées – peuvent influencer le comportement alimentaire, mais ne sont pas liés à une modification du métabolisme lipidique
  • faiblesse due à une perte de sang – peut réduire temporairement l’activité physique

Aucun de ces effets n’est décrit comme un mécanisme conduisant à une augmentation de la masse graisseuse. À ce jour, les données issues des essais cliniques et les informations réglementaires n’indiquent pas de lien entre le rivaroxaban et la prise de poids.

Essais à grande échelle: ce que révèlent réellement les chiffres

L’essai ROCKET AF a porté sur 14 264 patients atteints de fibrillation auriculaire non valvulaire. Le groupe sous rivaroxaban a été comparé au groupe sous warfarine en termes de critères d’évaluation principaux, à savoir les accidents vasculaires cérébraux et les embolies systémiques. Les effets indésirables ont été systématiquement enregistrés tout au long de la période d’observation. La prise de poids n’apparaissait pas comme un effet indésirable typique ou fréquemment rapporté.

L’étude EINSTEIN DVT a porté sur 3 449 patients atteints de thrombose veineuse profonde. La fréquence des œdèmes périphériques s’est avérée comparable dans les groupes rivaroxaban et énoxaparine/warfarine. Cela indique que les œdèmes chez les patients atteints de thromboses veineuses peuvent être liés à la maladie elle-même ou à des facteurs concomitants, et pas nécessairement à un anticoagulant spécifique.

L’ensemble de ces données ne permet pas d’émettre l’hypothèse d’un effet métabolique direct du rivaroxaban sur le poids corporel.

Œdème contre tissu adipeux: différence physiologique

Les patients constatent souvent une prise de poids au cours des premières semaines suivant le début d’un traitement et l’attribuent à un médicament spécifique. Il est important ici de distinguer deux processus fondamentalement différents.

L’œdème périphérique se forme en quelques heures ou quelques jours. Il est localisé au niveau des jambes, des chevilles et des pieds. Après une nuit en position horizontale, il diminue. Une pression du doigt laisse une empreinte. Il s’agit d’une rétention de liquide dans l’espace interstitiel, et non d’un dépôt graisseux.

Le tissu adipeux s’accumule au fil des semaines et des mois lorsque l’apport calorique dépasse de manière constante la dépense énergétique. Il ne disparaît pas en une nuit. Il se répartit dans tout le corps. Une prise de 0,5 kg de masse graisseuse nécessite un excédent d’environ 3000 à 3500 kcal – cette valeur est indicative et varie d’un individu à l’autre.

Une prise de poids de 2 à 3 kg en 1 à 2 semaines après un changement de traitement est plus souvent liée à une rétention d’eau qu’à une accumulation de tissu adipeux. La source de cette rétention d’eau peut être liée à une maladie ou à des facteurs concomitants, et non à l’action métabolique directe de l’anticoagulant.

Œdème contre tissu adipeux

Maladies concomitantes comme cause première

Les patients auxquels on prescrit Xarelto sont rarement en bonne santé par ailleurs. La fibrillation auriculaire est souvent associée à une insuffisance cardiaque chronique, une affection dans laquelle la rétention d’eau est l’un des principaux mécanismes physiopathologiques. L’œdème lié à l’insuffisance cardiaque nécessite un traitement diurétique et une surveillance du poids, ce qui constitue une tâche clinique distincte, généralement sans rapport avec l’anticoagulant.

La thrombose veineuse et la thromboembolie pulmonaire provoquent elles-mêmes un œdème des membres, et cet effet peut persister pendant des mois après un épisode aigu, en particulier en cas de syndrome post-thrombotique. Le patient commence à prendre du rivaroxaban précisément pendant cette période et associe les œdèmes au comprimé, alors que la chaîne de cause à effet est souvent inverse.

L’insuffisance veineuse chronique est un autre diagnostic concomitant fréquent dans cette population. Les œdèmes gravitationnels qui y sont associés ne dépendent généralement pas du traitement anticoagulant.

Baisse d’activité après un événement grave

Après une thrombose, une opération orthopédique ou une décompensation cardiaque, la personne bouge objectivement moins. Parfois, beaucoup moins. Si elle conserve son régime alimentaire habituel, cela crée un excédent calorique durable. Une prise de poids est probable, et elle n’a aucun rapport avec la pharmacologie de l’anticoagulant.

Ce mécanisme est particulièrement pertinent pour les patients ayant subi une arthroplastie de la hanche ou du genou: le rivaroxaban est prescrit au début de la période postopératoire, lorsque la personne est temporairement limitée dans ses mouvements. Une coïncidence temporelle n’implique pas nécessairement un lien de cause à effet.

Pharmacocinétique: pourquoi le mécanisme n’implique pas d’effet sur le poids

Le rivaroxaban est métabolisé par le système CYP3A4/5 et le transporteur P-glycoprotéine. Ces voies sont responsables de la biotransformation et du transport des médicaments et ne participent pas directement à la régulation du métabolisme des lipides ou des glucides. Le médicament n’interagit pas avec les récepteurs de l’insuline, de la leptine, de la ghréline ou de l’adiponectine, des molécules impliquées dans la régulation de l’appétit et la répartition des tissus adipeux.

La biodisponibilité à une dose de 20 mg est d’environ 66 % à jeun et augmente lorsqu’elle est prise avec de la nourriture, c’est pourquoi il est recommandé de prendre le comprimé pendant les repas. Cette exigence n’implique pas d’augmentation du volume des portions; un repas normal est suffisant.

La demi-vie est de 5 à 9 heures chez les patients jeunes et de 11 à 13 heures chez les patients âgés. Le médicament ne forme pas de dépôt tissulaire prolongé; une accumulation est possible en cas d’insuffisance rénale ou hépatique, mais aucun effet cliniquement significatif sur le métabolisme de la masse corporelle n’a été décrit.

Vérifié par un médecin Relu
Dr. Iodé
Médecin — relu et vérifié
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